samedi 6 février 2010

L'évaluation tue? Ne projetons pas nos acceptions idiosyncratiques sur les mots!

Une certaine évaluation, qui serait une sorte de lit de Procruste (je dis bien "Procruste", et non "Procuste", puisque cette dernière graphie est fautive, bien qu'acceptée laxistement par l'Académie), serait évidemment imbécile, condamnable.

Toutefois, prendre du recul, se mettre un pas en arrière de soi-même pour se demander si l'on a bien fait ce que l'on voulait faire, c'est une évaluation, également. Et celle-la est utile, merveilleuse, source de progrès.

Donc, non, l'évaluation n'est pas une mauvaise chose. Au contraire!

Cessons donc de "confisquer" le sens des mots pour n'y mettre que ce que nous y voyons. L'évaluation, c'est la recherche de la valeur des choses. Ce n'est pas une sanction. La sanction, c'est la sanction, qui est bien distincte de l'évaluation.

Oui, dans l'évaluation, il y a une appréciation de la valeur des choses, et les critères de valeur doivent être clairs, pour que l'évaluation le soit aussi.

Dans le cas de l'évaluation des scientifiques, par exemple, il doit y avoir une discussion de ces critères, mais pourquoi y aurait-il une critique de l'évaluation en elle-même, puisqu'elle peut être positive?

Et puis, même quand l'évaluation est faite non pas par soi-même mais par des collègues, ne pourrait-on espérer qu'à côté de "chers collègues" jaloux, envieux, malhonnêtes, méchants, autoritaires... il y en ait aussi de bienveillants, encourageants, amicaux, aidants, collaborants, intelligents? Mieux encore : pourquoi ne fixerait-on comme critère au recrutement des experts pour les évaluations leur adhésion à l'idée selon laquelle "Le summum de l'intelligence, c'est la bonté et la droiture?"

C'est ainsi que l'évaluation pourrait devenir quelque chose de merveilleusement positif! Et c'est ainsi que la science sera encore plus belle

La "formation par la recherche"?

Je commence à avoir l'habitude de ne pas être politiquement correct, mais si je supporte ainsi les critiques, c'est parce que j'ai un objectif supérieur : le bien des étudiants!

Et puis, le dogme est quelque chose d'assez ennuyeux, et stérile, une façon paresseuse de ne pas penser, non?

Dans nos cercles universitaires, il y a ainsi l'expression "sauver la recherche" : je me suis exprimé précédemment sur la différence entre "recherche" et "recherche scientifique", ou encore "recherche technologique". Sauver la recherche : laquelle? La recherche artistique? La recherche technologique?

La recherche artistique ne relevant pas du champ de la science, je crois qu'il faut laisser aux artistes le soin de s'en préoccuper. Pour nos champs "scientifiques", la seule qui nous concerne est la recherche... scientifique : normal, non?

La recherche technologique? Puisque la technologie est (relisons le mot, cherchons son étymologie, au lieu de projeter nos acceptions très idiosyncratiques) le perfectionnement de la technique, laissons à l'industrie le soin de faire son travail, et consacrons-nous, dans les laboratoires scientifiques, à produire des connaissances qui seront utiles pour l'innovation technologique, le transfert technologique. Sans ces connaissances nouvelles, les ingénieurs ne pourront transférer que de vieilles choses, et leur sacro-sainte innovation sera très périmée.

Donc la recherche? Non, la science. Abandonnons le mot "recherche", qui est un fourre-tout confus, et parlons de science.

Faut-il "sauver la science"? Aux échecs, la défense sait bien qu'elle est désavantagée. Donc ne sauvons pas la science, mais développons la très positivement, en n'oubliant pas de penser que c'est la production scientifique qui fera l'innovation, laquelle devra être, ensuite, le travail de l'industrie, des ingénieurs.

Alors, la "formation par la recherche", dans ce contexte? Veut-on dire "formation par la science"? Pourquoi pas, mais qui pourra démontrer que la formation par la science est une bonne formation pour des élèves ingénieurs? Pourquoi l'entraînement à la recherche des mécanismes des phénomènes (la science expérimentale) serait-il utile à l'exercice du métier d'ingénieur?
Après tout, l'ingénieur doit savoir chercher des connaissances, et les transférer. Je ne vois pas que, dans ces tâches, la pratique scientifique intervienne.

A ce stade, j'ai bien peur d'être gravement dans l'erreur. Qui aura la gentillesse de réfuter l'argumentation précédente?